Bretagne
Lila - dont la maladie a été diagnostiquée il y a seulement trois ans - et Jérémy ont réussi à surmonter leur handicap pour se construire une vie ordinaire, la première comme documentaliste et le second comme salarié chez un serriste. (Photo V.L.)
Autisme. La vie ordinaire de Lila et Jérémy
Lila a 24 ans, un mastère pro en poche et un emploi de documentaliste. Jérémy a 20 ans. Après une période d’apprentissage, il a gagné sa place chez un serriste de Guipavas (29). Leur point commun ? Ces deux jeunes gens sont autistes. Parcours croisés, bien loin des clichés. Ni Lila, ni Jérémy ne comptent les cartes aussi vite que Dustin Hoffman dans « Rain Man ». Mais, chacun à leur manière, ils ont réussi à surmonter leur handicap pour se construire « une vie ordinaire ». Lila parle comme un livre, un langage châtié, précis, pragmatique. Sa maladie, « le syndrome d’Asperger », forme douce de l’autisme, n’a été diagnostiquée qu’il y a trois ans. Il était, en effet, impensable qu’une jeune fille, intellectuellement aussi développée, puisse souffrir d’une quelconque affection. Et pourtant, elle se souvient « des crises de colères cycliques » qui ont parsemé son enfance, de ces « troubles de la communication » qui lui ont toujours fait « détester les récréations ». « En fait, quand plusieurs personnes parlent, je n’arrive pas à me concentrer sur une conversation. Je ne sais pas donner la priorité à un son », tente-t-elle d’expliquer.
La rupture du collège
Jérémy acquiesce.
Moins disert que sa voisine, l’employé agricole se retrouve parfaitement dans ses dires. Il l’encourage d’ailleurs à mettre des mots sur cette période du collège, terrible pour les deux enfants. « À l’école primaire, on reste protégé. Mais dès la sixième, la pression sociale apparaît », raconte Lila. À l’époque, la jeune fille « ne comprend pas la mode », s’interroge sur les garçons « sans leur trouver le moindre attrait », et en cours, parfois, « répond à côté des questions ». Autant d’éléments qui suffisent à la classer dans la catégorie « bizarre ». Jérémy, lui, a vécu son collège dans une classe allégée, avec des « camarades violents, des cas sociaux », lâche-t-il, le visage renfermé. Il n’en dira pas plus.
« Je suis capable de comprendre »
Les insultes, les coups, le mépris, l’isolement auraient pu avoir raison de leur courage. « C’est le risque, constate Lila. Certains autistes sombrent ainsi dans la dépression et entament alors un processus de régression ». Mais les deux ados ont continué à « évoluer à leur rythme ». Jérémy a multiplié les expériences de groupes, partant régulièrement en colonie de vacances. Lila a pris des cours de théâtre afin d’apprendre à « soutenir le regard de l’autre ». Elle a également goûté aux joies de la colocation avec des collègues de fac. Pas facile tous les jours ! « Le ménage n’est pas pour moi une priorité. J’ai eu du mal à intégrer cette nécessité. Mes amies ne l’ont pas toujours compris », se souvient-elle.
« Vivre entre autistes ? Vous êtes fous ! »
Tout n’est pas entièrement de sa faute mais la jeune femme a toujours refusé d’utiliser sa maladie comme un bouclier : « Je suis autiste mais j’entends la critique. Avec un temps d’ajustement suffisant, je suis capable de comprendre et de m’adapter ». Son parcours le prouve. Lila a réussi à décrocher un mastère professionnel (bac +5) et son travail au sein du service de documentation de l’hôpital psychiatrique de Bohars (29) satisfait pleinement ses collègues. Jérémy, lui aussi, a réussi à s’intégrer. Et c’est la tête haute et le verbe clair qu’il annonce : « Je suis titulaire de mon poste dans les serres de tomates de Guipavas. J’aime mon travail. Et j’ai mon permis de conduire ». Ces deux exemples, aussi émouvants et encourageants qu’ils soient, ne doivent pas masquer la réalité de l’autisme. Cette maladie affecte différemment chaque personne touchée, sur le plan de la communication, de l’intellect et de la socialisation. Certains ne pourront jamais occuper un travail normal. Mais Lila souhaite que les plus aptes puissent faire leurs preuves : « Dans une profession ordinaire, entourés de gens ordinaires. Rester vivre entre autistes comme certains le souhaitent serait une folie. On est trop têtu, on finirait par s’entre-tuer ! », conclut-elle, rire aux lèvres et regard pétillant. Renseignements auprès de l’Adapei au 02.98.55.51.43.
Vincent Lasttennet






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