« Au secours ! Que faut-il faire pour qu'on nous entende ? » Ce cri de détresse, c'est celui de Béatrice Moinnaud, institutrice de la classe CP de l'école Jean-Monnet, au Conquet. Sa classe accueille 26 élèves, dont deux handicapés : Laurent, bientôt 8 ans, souffre de spino-bifida (paralysie des membres inférieurs et difficultés d'apprentissage) et Nolwenn (1), est atteinte d'un syndrome particulier qui entraîne notamment des difficultés de concentration, d'équilibre, de gros problèmes d'élocution et une grande fatigabilité.
Une auxiliaire de vie scolaire a été accordée à Laurent par la Commission départementale d'éducation spécialisée. Mais cette personne n'intervient qu'à mi-temps, et depuis la Toussaint seulement (lire ci-dessous). Et malgré ses trois semaines d'arrêt maladie, elle n'est pas remplacée. Une demande d'AVS a aussi été faite pour Nolwenn l'année dernière. Sans réponse pour l'instant. Vendredi, la commission départementale statuera sur son cas.
En attendant, Béatrice Moinnaud fait ce qu'elle peut. Mais elle se pose des questions : « Est-ce que ce serait gérable d'avoir deux AVS dans une même classe · Est-ce qu'il n'y a pas des limites à l'intégration d'un enfant très handicapé dans une classe ? »
« Tout est fait pour décourager »
Bref, c'est le ras-le-bol. Pourtant, la loi du 11 février 2005, dite « pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » est véritablement entrée en application début janvier. La scolarisation des enfants handicapés dans leur école de secteur est désormais un droit. Et leur intégration doit être facilitée.
Belle et généreuse loi. Mais avec quels moyens ? Dans les faits, la prise en charge semble laborieuse. « C'est un parcours du combattant ! », déplore Mme Morvan, maman d'Arthur, enfant autiste âgé 6 ans, actuellement scolarisé en grande section de maternelle à Jean-Monnet. Cette femme seule, qui a choisi d'arrêter de travailler pour s'occuper de son enfant, a dû se battre d'arrache-pied pour obtenir une aide financière. « Il faut de la hargne ! Tout est fait pour nous décourager. » La maman de Nolwenn, se bat avec cette même énergie. « C'est notre salut. Sans une auxiliaire, notre fille ne pourra jamais continuer une scolarité normale. Or, elle en a les moyens intellectuels. » Un test de QI (quotient intellectuel) montre que Nolwenn a une intelligence normale.
La solitude
L'institutrice aussi ressent les mêmes difficultés à être entendue. « On se sent très seul... » Enseignants et parents d'enfants handicapés dénoncent le manque d'informations.
À l'Inspection académique, c'est l'étonnement. « Toutes les demandes d'auxiliaires de vie scolaire ont été accordées. Quant aux demandes d'Aides à la scolarisation des enfants handicapés, elles ont pris un peu de retard en raison de la restructuration liée à la création de la Maison départementale des personnes handicapées, mais la situation se régularise. » L'institution dit « comprendre la souffrance des parents » et être « à l'écoute de leurs demandes », y compris les cas particuliers. Et d'affirmer : « On n'a pas connaissance de dossiers où les personnes n'ont pas obtenu satisfaction. » Selon l'Inspection, il n'y aurait pas de pénurie d'AVS, même si on reconnaît que l'enveloppe financière allouée n'est pas illimitée.
L'association des parents d'élève de Jean-Monnet pose également le problème des locaux. Quand le kinésithérapeute ou l'orthophoniste interviennent pour Laurent, ils doivent investir le bureau de la directrice. Des travaux sont prévus pour agrandir l'école. Pourquoi ne pas concevoir tout de suite une salle qui pourrait servir aux enfants handicapés ?
L'école Jean-Monnet - qui est de plain-pied - a toujours intégré des enfants handicapés. Laurent et Nolwenn sont scolarisés depuis la maternelle. Et, de l'avis général, leur socialisation ne pose aucun problème. Au contraire. « Les enfants sont parfaitement intégrés. On veut qu'ils restent à Jean-Monnet. »
Laurence GUILMO.
(1) C'est un nom d'emprunt pour respecter l'anonymat de cet enfant dont les parents ne souhaitaient pas être mis en avant.
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